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sezar
Description du blog :
Je vous dirais tout. Sur ma vie campagnarde auprès du peuple des humains. ça promet !!
Catégorie :
Blog Humour
Date de création :
15.01.2008
Dernière mise à jour :
20.04.2008
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Journal d'un chien de campagne : présentation

Posté le 15.01.2008 par sezar


C'est moi, bébé ! Trognon, non ?



Heu.......
alut, te mappelle
oups !
Essayez de taper sur un clavier avec des mouffles !!!

(un quart d'heure d'entraînement intensif et deux bols d'eau fraîche plus tard) :

je m'appelle Balzane. NON, pas comme le vignaire (balsamique). BalzaNE, et un seul N s'il vous plait.
Original, non ?
Je viens du peuple des setters anglais, race noble s'il en est des chiens de chasse d'arrêt.
Aucune comparaison avec ces rustres de chiens courants qui donnent du hurlement à tout va dès qu'ils aperçoivent ne serait-ce qu'un bout de la queue d'un cervidé ou d'un lièvre (y savent même pas faire la différence, c'est dire...), aucune classe !

Bref..., de toute façon j'y vais pas moi à la chasse, alors...

Je suis arrivée dans cette famille aimante il y a un an et demi. Tu parles, ils ont tout de suite craqué sur la petite boule de poils blancs et fauves qui s'est lancée dans leurs jambes en poussant des cris de piaf à faire fondre le coeur le plus endurci.
Mamounette et Papounet sont des parents adoptifs au top. Leurs petits humains ont quitté le nid. du coup, c'est moi qui m'y love avec une délectation absolue.

Il est confortable, pas trop grand, et bonheur supprême, à la campagne. Alors, les balades, c'est la patte !

Oh, au fait, il ne me semble pas vous avoir dit que j'étais une fille, même si mon nom le laisse supposer, mais de notre temps, faut se méfier.
Cette précision étant apportée (si, si c'était important de le souligner, c'est bien connu, nous les femelles, nous sommes plus douces et intelligentes que ces balourds de mâles), je vous laisse (tiens c'est drôle ça). Mon estomac réclame pitance et Mamounette va bientôt rentrer du boulot, ça lui ferait un choc de me voir taper sur son ordi. Je le lui dirai plus tard, non pas que je craigne qu'elle soit choquée, venant de moi, rien de l'étonne, mais plutôt contrariée que je tape maintenant aussi vite qu'elle (Hi HI Hi HI).
A bientôt








--

journal d'un chien de campagne : randonnée

Posté le 16.01.2008 par sezar
aujourd'hui, rando avec Mamounette.

Qu'il pleuve, qu'il vente, qu'il neige, il faut qu'elle enchaîne les kilomètres sur les chemins tortueux de notre belle région.

La nature, elle adooooooooooore !

La truffe au vent, guettant le moindre frémissement de plumes d'un merle, scrutant au loin la plus petite ombre suspecte d'un chevreuil ou d'un faisan (je sais pas trop ce que c'est, j'en ai juste entendu parler en croisant par hasard une meute de "courants"), stoppant nette ma course effrenée pour renifler la branche basse d'un sapin, je m'éclate !
Mamounette marche d'un bon pas.

Soudain, une odeur forte butte sur ma truffe. Mes réflexes ancestraux de chien de chasse entrent en action : patte avant droite levée, queue à l'horizontale, tous les sens en éveil. J'attends.
Mamounette : - cherche, cherche
Cherche quoi ?
- allez, cherche, cherche Balzane
Ma reconnaissance envers cette femme étant infinie, je pars dans la sapinière.
Un petit sniff de truffe par ci, un stop par là, je progresse lentement, les pattes fléchies, ventre frôlant la terre, comme je l'ai vu faire par le peuple des félins de Monsieur Hulot. Mamounette est scotchée ! je l'épate. Si à cet instant précis, le dieu canin pouvait faire apparaître "le grand chevreuil avec des bois comme des branches d'arbre", je pourrais peut-être dormir tous les soirs au pied de son lit !!

Aucune intervention divine ne se manifestant, je pars brusquement à toute allure et m'enfonce dans la forêt. Au loin, Mamounette : - allez, allez !!

Elle pense, la naïve, que je course quelque gibier.
Seulement, à vouloir trop en faire, je me retrouve à l'autre bout de la sapinière qui n'en est d'ailleurs plus une. Une épaisse forêt l'a remplacée.
Après avoir tourné en rond quelque temps, je pense avoir retrouvé mon chemin, lorsque j'aperçois une masse noire, informe, ideuse, énorme. Alors, là, ne pas hésiter. Le poil hérissé au maximum, je donne de la voix. Au secours ! mes aboiements ne semblent pas effrayer la "chose".
Un frisson parcourt mon échine et des "grous, grous" ronronnent dans mon ventre.

Sauvé, Mamounette m'a entendue. Je me jette dans ses jambes et elle éclate de rire.
- tu vois pas grosse bête, que c'est une souche d'arbre.

Quelle humiliation ! Je fais celle qui n'a rien compris et gambade à ses côtés.

Y sont marrants ces humains, faudrait tout savoir comme eux. Mais on est pas humain nous, enfin, pas autant que certains le croient.
Déjà, la galère que ça a été pour apprendre leur langue même si je suis incapable de la parler (question d'anatomie, comme y disent).
Oui, parce qu'il faut vous dire que nous sommes un petit nombre à nous targuer de la comprendre. Et j'en fais, tout modestement, partie.

Mais ça fera l'objet d'un autre courrier. Je vous narrerais avec moultes délectations, ce long apprentissage.

Mamounette dort déjà, la pauvrette, tu parles, elle est épuisée. Pftt, sont peu résistants nos adoptants !
Oups, les pneus de la voiture de Papounet roulent sur les graviers de la cour d'entrée.

Vite, sur mon tapis. Bon chien, va !






Journal d'un chien de campagne : Apprentissage du parler humain

Posté le 17.01.2008 par sezar
Que ce fut difficile !

Quand je me suis installée dans ma nouvelle famille, si y'a un mot que j'ai retenu tout de suite c'est...mon nom.
A force de me le seriner, j'avais compris : - Toi, Balzane.
ça, c'est fait.

La suite fut plus délicate. Mes adoptants étant particulièrement bavards (surtout Mamounette), c'était à longueur de journée, des :
- Balzane, bla, bla, bla, bla....
- Bla, blabla, blablablabla, Balzane.....
Et ça n'en finissait pas !
J'avais beau soulever au maximum mes lourdes oreilles et fixer la gueule de ma nouvelle famille, rien, RIEN, comprends rien !!
Sauf, quand la voix était moins mélodieuse que d'habitude. Alors là, profil bas, regard au sol, queue sur le ventre, et...... direction imposée: tapis !!! Il n'est point besoin toujours d'explications !

Je sais aujourd'hui que ce fut la même souffrance pour le beau mâle noir qui habite près de chez nous. Mais pour lui, l'apprentissage aura été moins long : y'a deux petits humains dans sa famille adoptive. Il m'a raconté, à travers le grillage qui sépare nos deux territoires, que leurs mots à eux sont simples et spontanés et leurs phrases concises. En un temps record, il avait assimilé au moins, 25 mots différents ! il en est tout fier, ce prétentieux.

Avant de poursuivre, une précision importante s'impose :
Oui, nous nous parlons entre canins. Enfin, parler n'est pas à priori le verbe qui convient. Non, communiquons est plus adéquate (si c'est pas de la maîtrise de la langue humaine ça !!!!!!).
Comment ? hé bien, par nos voix et par ...... la pensée.
Epatant non ?
Ce que le peuple des humains n'est pas encore capable de maîtriser, nous, ça fait ouhhhhhhhh, très très longtemps (la notion du temps par contre n'est pas notre fort) que nous le pratiquons.

Je l'ai tentée sur mes adoptants. Lorsqu'ils me parlaient, je m'asseyais bien confortablement sur mes pattes de derrière, et plongeais mes yeux marrons dans leurs regards. Concentrée au maximum, attentive à la moindre réaction gestuelle de leur part, ça pouvait durer... un certain temps. Mais sans résultat flagrant.

Je commençais à désespérer. Que faire pour les comprendre ? Quelques mots néanmoins vinrent enrichir mon vocabulaire comme, "assis", "couché", "donne la patte", "l'autre patte", "tapis", "mamounette", "papounet", "nadège" (leur petit humain), "jules" (le chat - je vous en reparlerai de celui-là).

J'entrepris de procéder comme mon voisin. C'est à dire, par petites touches successives, un mot, deux mots, dix mots que j'associai à un geste, une situation ou un évènement précis.
Et ça a marché.
Il faut dire que mon esprit vif, agrémenté d'un fort potentiel intellectuel, ont fortement contribué à l'acquisition de ces connaissances.
Et voilà, le travail !

J'en connais qui vont devoir réviser leurs convictions sur les théories implicites de "personnalité" du peuple canin....




journal chien de campagne : Mon pas pote le chat

Posté le 21.01.2008 par sezar




Ahhhhhhhh !!! J'ai fait une bonne sieste, un peu longue peut-être, je suis encore dans le pâté (trop drôle cette expression, on se demande où ils vont chercher tout ça !!!).
Et j'ai une humeur de chien (celle-là est moins drôle, mais bien vue !!).

C'est le moment que choisit la bêêêêêêête dont je vais vous parler pour me passer sous la truffe ! Beurk !

Comment vous dire... je n'aurais pu imaginer qu'une telle créature puisse exister, même dans mes pires cauchemars.

Cette gueule aplatie, ces yeux globuleux fendus au milieu, ces petites oreilles étroites, dérisoires, ajoutez à cela, des moustaches démesurément longues, un corps ovoïdal, grotesque, et une forte inclination naturelle à se proclamer comme le centre du nid familial, vous comprendrez aisément, qu'entre ce représentant du peuple félin et moi, ce fut de suite la... haine.

Et parfois, une indifférence feinte, qui m'oblige à adopter une attitude bienveillante à son égard, alors que je salive à l'idée de planter mes canines dans ses cuisses dodues.

Mais ça, Mamounette et Papounet, ne l'accepteraient pas. C'est ballot !

Ces braves humains l'ont adopté à la spa. Je sais pas trop ce que c'est, d'après ce que j'ai compris, une sorte de grande niche commune avec des barreaux devant lesquels, les humains passent et repassent. Quand un représentant du peuple canin ou du peuple félin leur plait, ils l'adoptent.

Jules qu'il s'appelle !
- Juju, ils crient, quand c'est l'heure de manger, c'est-à-dire, tout le temps !

Le Juju ne daigne sortir de sa léthargie quasi permanente que pour deux raisons essentielles : - manger, - éjecter les déchets.

Il faut le voir, dans le jardin, repérer consciencieusement son "petit coin", gratter le sol , s'assoir, la queue en l'air, puis recouvrir le tout, délicatement avec le bout de ses pattes avant. Quel artiste ! Mais ne rien faire paraître. Aucun sentiment amical ne doit venir contrarier notre vieille hostilité !!

Sinon, parfois, comme aujourd'hui, il s'amuse à me narguer. Oui, parce que le chat est narquois, et aussi fourbe et sournois. Quelle vilaine âme !

Je le vois arriver entre mes paupières à demi closes, la tête haute, tout en élégance et en prétention. Sans bruit, il glisse littéralement sur le carrelage, s'arrête, et avec grâce
et souplesse, s'assoit sur le tapis du salon, passe sa patte arrière derrière sa tête, penche celle-ci et se met à lécher avec délectaton, son..... derrière ! Quelle horreur ! je referme les yeux, mais le bougre a bien vu mon regard scandalisé. Il biche ! encore une fois, il a le pouvoir de me ridiculiser alors que c'est lui qui..... Pouah !

Mais ce qui m'énerve le plus, c'est que Môssieur, parce qu'il est tout petit, tout doux, mimi, tout léger... a l'immense privilège de se rouler en boule sur les genoux de Papounet. Moi, pauvrette, dès que je tente "une ruse de sioux" en passant subrepticement derrière le fauteuil, pour rejoindre, incognito, le divin canapé, j'ai droit au sermont habituel : - Va te coucher sur ton tapis !
Et l'autre, l'abject animal, plonge son regard doré de conquérant sur ma pauvre carcasse, de retour sur sa fine couche.
Ah, qu'il est humiliant de se faire houspiller en présence d'un ennemi !

Ma vengeance, je vais la méditer le restant de la soirée.

Dors bien, juju...
























Journal d'un chien de campagne : La vengeance

Posté le 23.01.2008 par sezar









- Balzane, Balzane !

Qui me dérange ? Allongée sur les pierres chaudes de la terrasse du jardin, je rêvais :
au détour d'un chemin, je tombais truffe à truffe avec un grand chevreuil. Ces bois "comme des branches d'arbre" étaient dorées et, à chaque extrémité, un oeil globuleux, fendu au milieu, me fixait avec arrogance........

- BALZANEEEEEEEEEEE !

Je me lève péniblement, prend tout mon temps pour étirer mes pattes de devant, un petit craquement sinistre s'ensuit que je m'efforce de ne pas renouveler en avançant avec circonspection.

- Ah, te voilà ! On s'en va pas longtemps, tu restes là, d'accord ?
Elle est drôle, Mamounette !

- tu surveilles la maison, et, pas de bêtises !
Surveiller la maison ? quand j'en aurai fait trois fois le tour en aboyant férocement de temps en temps pour faire genre, la sécurité sera assurée !
Pour les bêtises, j'ai bien une petite idée...

- à tout à l'heure, fifille !
C'est ça, à plus !
En s'éloignant, Mamounette confie à son mâle : - un jour, on la verra nous faire un signe avec sa patte pour nous dire au revoir !
Un beau rire cristallin ponctue sa remarque.
Elle est charmante, mais un peu niaise, cette humaine : la patte, je l'ai levée plus d'une fois ! c'est affligeant. Y voient rien !!

Le bruit du moteur de la voiture s'estompe.
Vite, cherchons l'objet de mon ressentiment.
Trouvé ! l'affreux juju, lové au pied d'un arbuste, le corps et la conscience tranquilles.
Il en est presque attendrissant le bougre !

Je le contourne prudemment pour atteindre en douceur, le gros tas de feuilles mortes que Papounet a oublié de faire brûler (le brave humain !). Avec beaucoup de précautions, je creuse lentement, dégageant chaque feuille, jusqu'à obtenir un nid suffisamment grand pour y loger mon crops gracile. Je jette un oeil, puis deux vers l'ennemi qui semble plongé dans un profond sommeil.

Installée dans ma géniale cachette, l'attente commence.
Une attente magique, un de ces moments intenses qui précédent les grands événements.

Un temps passe, puis un autre.
Un furieuse envie de me gratter le bas du dos se fait pressente. Et une autre envie aussi plus.... intime !

Enfin, il arrive, tranquille et détendu, altier, comme à son habitude.
"Approche fourrure ambulante, viens renifler de ta petite truffe délicate, le parfum boisé des feuilles pourries".

Ce qu'il fait, l'imprudent curieux !

Je bondis de ma cachette en grognant, les lèvres retroussées, les oreilles en position basse-arrière, le regard aussi menaçant que possible (c'est le plus dur !).
La réaction est immédiate et au dessus de toutes mes espérances : ce pauvre matou se transforme en poisson-lune poilu. Un bond spectaculaire le propulse, les yeux exhorbités, les poils dressés, toutes griffes dehors, à vingt pattes de là !

Retrouvant enfin, et la terre ferme et un peu de lucidité, la bête parvient à s'échapper de ce cauchemar en grimpant à toute allure sur la plus haute branche du chêne proche.

Quelle pitre, ce chat ! Pour un peu, je me serais bien roulée par terre, de rire, mais je crois que nos adoptants sont de retour.

Je file me recoucher sur les pierres encore chaudes de la terrasse.

- coucou, Balzane !
- mais qu'est-ce qu'il fait la-haut,ce chat ? - Jules, descend tout de suite !


Quelle belle journée !









Journal d'un chien de campagne : Elucubrations

Posté le 29.01.2008 par sezar
J'ai beau n'être qu'un chien, je n'en pense pas moins...

Parfois, quelques délires trottent dans ma tête de cabot.

Je pars, dans mes rêveries loufoques, vers des pays imaginaires où tout est réalisable...


Me voilà
jouant de la harpe, devant un public d'humains ému jusqu'aux larmes.
(j'ai eu le coup de foudre pour cet instrument en regardant "La boom" à la télévision. Une humaine, d'un âge très avancé, comme y disent, grattait les longues cordes tendues et, miracle, un son mélodieux, tout doux, me chatouillait agréablement les oreilles.)

pilotant la voiture de Papounet, à fond la caisse, à travers près et bois, les oreilles au vent, la truffe légère, les lunettes de soleil sur la tête pour faire genre. Insouciante et inconsciente, je dévale les collines à toute allure, devant des lapins interloqués, traverse les forêts en slalomant entre les arbres, sous les hip hip hourra des chevreuils et des cerfs fanatiques...

lisant, roulée en boule dans une couverture en fausse fourrure, "la vie des félins" tout en sirotant une décoction de fleurs de thym aromatisée au miel, petite griffe en l'air, lunettes sur nez, le dos bien calé dans le profond fauteuil.... au loin, le hurlement d'un vieux loup solitaire.... mais, je m'égare !!

jouant à "chat perché" avec mon pas pote le chat,
à "pigeon vole" avec la tourterelle qui volette autour de la maison et que je lorgne en me léchant les babines,
à "saute mouton" avec mes voisins moutons,
à "je te tiens par la barbichette" avec les chèvres de la ferme des Seguin,
à "jacques à dit" avec...... pesonne (connais pas de jacques !!)

Les délires !!

bref, tous ces petits plaisirs et amusements qui font le quotidien des petits et grands humains et auxquels nous, pauvres canins, ne sommes invités.


A trois, j'ouvre les yeux .... retour vers le présent :
"bon chien, assis, donne papatte, coucouche tapis".



Journal d'un chien de campagne : Un grand moment de solitude

Posté le 01.02.2008 par sezar
Je m'ennuie.
Mais qu'est-ce que je m'ennuie !

Toute seule, y m'ont laissé toute seule. AU SECOURRRRRRRRRRS !!

L'horreur ! j'ai beau tourner ma gueule dans tous les sens. Rien !

Aucune odeur non identifiée ; seules, quelques effluves discrètes du parfum de mamounette ondulent encore dans le salon. J'y plonge ma truffe en fermant les yeux d'émotion. Mamouneeeeeeeeeeette !

Aucun bruit suspect, pas même le bzzzz rassurant d'une mouche prise au piège devant la vitre fermée et avec laquelle j'aurais pu m'amuser un peu. En louchant très fort sur son petit corps velu ridicule, histoire de lui offrir en ultime cadeau, la plus grosse frayeur de sa courte vie, j'aurais brisé là sa tentative illusoire d'évasion d'un coup de langue salvateur.

Même jules a fait voeu de silence. C'est étrange, d'habitude, il ronfle aussi fort que papounet, c'est dire !!
Il a deviné, le maléfique animal :
Le silence me dérange. Un anachronisme pour nos gênes canins qui sont constamment sur le qui-vive depuis des millénaires !

J'exécute à nouveau quelques rondes au-dessus de ma couche, essayant de trouver LA position confortable qui me permettra de plonger dans des rêves délicieux.
Un court instant plus tard, me semble-t-il, un profond agacement se dandine au bout de ma queue puis remonte jusqu'à l'intérieur de mes oreilles devenues tout à coup aussi chaudes que les pierres de la terrasse un après-midi d'été !

C'en est trop !! Et si je rendais une petite visite amicale à ce cher matou. Victime facile, certes, mais tellement..... alléchante ! D'une patte décidée, je me présente à la porte entrouverte de la chambre où la bête demeure en permanence aux temps sombres des pluies hivernales.

Un rapide coup d'oeil m'avertit aussitôt de la traitrise du matou. Le lit est vide. Seul, subsiste un petit creux au milieu où quelques poils gris témoignent de son séjour prolongé. Les volets sont fermés, j'y voie pas bien. Oserai-je m'aventurer dans ce guêpier, au risque d'être sauvagement agressée par la bête devenue soudain féroce et imprévisible ?
Une courte réflexion plus tard, la raison m'invite à rejoindre sagement ma couche. L'ennui vient à nouveau frapper à la porte de ma conscience.

Et puis, elle est arrivée !
La petite humaine. Celle qui n'habite plus le nid familial mais qui revient, parfois.

Oh la la, j'en suis toute excitée, je sautille partout. Faut pas trop qu'elle tarde à ouvrir la porte parce qu'il m'est venue en même temps une envie d'une extrême urgence que je ne saurais soulager sur le tapis du salon !

Elle entre, et la lumière explose en mille éclats flamboyants.
C'est une fenêtre grande ouverte sur un autre monde. Acidulé.

Oublié le silence et la peur, elle est là !
Même si je l'entends souvent me taxer de "chien gâté" ! (un soupçon de jalousie peut-être ?!), ma sympathie et ma dévotion pour cette petite humaine demeurent immuables.

Ah que le moment est doux et bienveillant, à présent...











Journal d'un chien de campagne : Chez le docteur des animaux

Posté le 05.02.2008 par sezar
Douleur à la patte avant.
Une petite brulûre constante dérange ma démarche élégante et délicate.
Je boîte comme un vieil animal perclus d'arthrose !

A l'annonce de mamounette : - faut l'emmener chez le véto -, des grous grous conséquents torturent mon estomac noué.

Ma première visite auprès des humains à blouse blanche remonte à un peu plus d'un an :

J'étais alors une toute jeune chienne insouciante et crédule. Tous les humains ressemblaient à mes chers adoptants. Il ne pouvait en être autrement.
C'était donc en toute confiance que j'avais mis mes pattes entre les mains bienveillantes du docteur Catdog.

Ce jour là, il me glissa sous la peau une espèce de longue griffe. Puis, j'entrouvris péniblement les paupières. J'étais couchée dans une cage qui puait l'urine de jules, la tête lourde et la nausée au bord des babines. De quelle bêtise avais-je bien pu me rendre coupable pour me retrouver dans ce traquenard ?

Je ne l'ai jamais su. Paradoxalement, pourtant, j'eu le sentiment que cet endroit infeste contribuait à mon bien être. Je m'aventurai à converser discrètement avec quelques camarades d'infortune dont les plaintes pudiques froissaient mon coeur.

Certains étaient là depuis longtemps, pensaient-ils. Parfois, l'assistante du docteur Catdog, mademoiselle Jane qu'elle s'appelle, les sortent de la cage et les porte jusqu'à "la salle noire". Y'a un grand appareil qui prend des photos des os. ça fait pas mal, me rassure-t-il aussitôt, voyant mon regard se transformer en blanc d'oeuf !
D'autres me parlèrent des coups de griffe à répétition et du liquide sous la peau qui forme une drôle de poche douloureuse.
Une petite boule grise et blanche au dernier rang : - on comprend pas tout ce qu'ils font, mais c'est pour notre bien, ce sont de bons humains.

Ces échanges psycho-médicaux, m'avaient rassurée. Il n'est pas de meilleur chance de guérison que celle engendrée par l'espoir énergisant issus d'échanges spontanés et conviviaux entre souffrants...


Depuis cette douloureuse épreuve, je dois avouer que le simple fait d'apercevoir le flacon de la lotion dont mamounette m'asperge l'intérieur des oreilles, déclenche une cascade de tremblements qui secouent ma carcasse de convulsions monstrueusement ridicules !

Bref, je me retrouve en cette belle fin de journée (oh dieu des canins, pourvu qu'ils me gardent pas cette nuit) devant la porte maudite de la clinique des animaux.
J'ai beau tirer sur la laisse de toutes les forces de mes quatre pattes écartées, ça ne les émeut pas plus que ça mamounette et papounette, bien au contraire, ça les fait rire ! Franchement, mon amour canin pour ces deux humains est infini, mais à cet instant précis, la haine tente une absorbtion globale de mes sentiments !

Salle d'attente. ça pue ! une multitude d'odeurs, un véritable concentré d'effluves plus ou moins nauséabond. Cette brutalité aromatique me soulève l'estomac tandis qu'un vent bruyant s'échappe malencontreusement de sous ma queue.

C'est à cet instant que Melle Jane nous introduit dans la salle d'examen du docteur Cat dog.
Le fourbe commence par me gratouiller le dessus de la tête tout en me sussurant des "gentil chien", "c'est bien ma fifille" avant de plonger ses mains vers mes pattes douloureuses.
Une petite photo et quelques grattages de sa crinière blanche plus tard, il annonce :
- c'est une inflammation des tendons, c'est comme la crampe de l'écrivain chez l'humain. Rien de grave. Elle a peut-être un peu trop courru ces derniers temps.

La crampe de l'écrivain !
Un fou rire me cloue sur la table d'examen. Ma queue virevolte avec virulence. Des spasmes nerveux ondulent sur mon échine. J'ai mal au ventre, j'en peux plus !

- mais qu'est-ce qui lui arrive ? s'inquiète papounet
- c'est rien, elle déstresse, rassure le docteur.

Tu parles que je déstresse, j'ai jamais autant ri. La crampe de l'écrivain !

Ah ! cher docteur, aujourd'hui je suis bien heureuse de vous avoir rendu visite.




Journal d'un chien de campagne : Rencontre

Posté le 11.02.2008 par sezar




Me revoila !!

La crampe de l'écrivain, vous vous rappelez !!

oh la crise de rire devant la mine ahurie de mes adoptants ! Comment auraient-ils pu imaginer que le docteur Catdog avait posé LE bon diagnostic, certes sous forme de boutade d'humain condescendant !
Possédant une grande connaissance de l'animal acquise après moultes années d'étude éblouissantes, notre ami véto ne saurait accorder le plus petit intérêt à l'illuminé qui oserait adhérer à cette invraisemblance farfelue.

Bref, après avoir bien ri, j'ai dû renoncer pour un temps, aux touches tentantes du clavier de l'ordi.
N'empêche qu'elles m'ont beaucoup manqué.
Ben, quoi ?
Parfaitement, c'est devenu mon addiction (très à la mode, ce mot en ce moment !).

Une drogue douce... je me lève pas la nuit non plus ! ça risque pas, je déteste m'aventurer toute seule dans le noir !!

C'est pas comme certains (qui se reconnaîtront facilement), le regard vide fixé sur l'écran lumineux, la bouche entr'ouverte d'où s'échappe un grand fil de bave qui vient exploser en une multitude de bouquets humides sur les touches grises de crasse...
C'est classe !!

Il a bien fallu que je me trouve une autre occupation en attendant de pouvoir à nouveau faire danser mes papattes sur le clavier.

Je m'amuse donc à trottiner autour du nid familial, deux tours à l'endroit, trois tours à l'envers (je suis pas sûr, sais pas trop compter !!), histoire de chauffer en douceur les muscles endommagés.
Soudain, un pssttttttttttt siffle à mes oreilles.
Arrêtée net, un autr psstttttttttttt retentit tout près de moi. Un peu effrayée, faut bien l'avouer, je décide d'attendre que son propriétaire veuille bien se faire connaître.

Je n'en croit pas mes yeux ! Une tête sur patte sort de sa cachette.
ça ressemble à rien de ce que je connais. Autant de différences me répulsent et m'inquiètent.
On dirait une grosse patate aplatie avec des yeux de chat. De volumineux boutons hérissent sa peau verdâtre.
Je tente un toucher de la bête. C'est mou et gluant.
Beurk, une nausée me tord le ventre.

- ne me touche pas, où tu t'en repentiras !

Qu'est-ce que ? Il vient de parler, j'ai pas rêvé.

Mais pour qui il se prend cet huluberlu monstrueux !

- ouais, vas-y, pourquoi faut pas toucher Môôôsieur ?

- parce que, grande canidé naîve, je suis un crapaud. Un poison violent habite ma peau.

Mamouneeeeeeeeeeette, Papouneeeeeeeeeet, je vais mourir, vous n'aurez plus de chien ce soir....... Au secours !!

Puis, après un temps de réflexion, me souvenant du temp béni où, encore chiot, Mamounette me racontait des histoires que je n'avais pas bien comprise à l'époque. (ce qui m'intéressait, c'était me blottir dans ses bras) :

- je ne te crois pas. T'as beau être affreux, si si, je t'assure, il paraît que si une humaine te donne un baiser, tu deviens un beau mâle, prince de surcroît.

Un gros rire bien gras s'échappe de la gueule écarlate de la bête.

- ah, je suis heureux de t'avoir rencontrée jolie canidé. Toi et moi, nous allons beaucoup nous amuser !

- je ne suis pas sûre de vouloir ton amitié, vilain crapaud. Toutefois, je veux bien essayer rétorqué-je , hautaine.

- Couax !

- Quoi ?

- On m'appelle Couax.

Personne n'est parfait !

- Il fait froid, je dois retourner chez moi. A bientôt cabot.

Il fait des rimes, j'y crois pas !
Finalement, ce peut-être un animal intéressant.... à distance !

Je le regarde s'éloigner d'un oeil moqueur, démarche claudicante, grossière, hésitante, ses courtes pattes tendues par l'effort, son corps informe, lourd et trappu, terrifiant....
Toi, mon vieux, tu dois pas avoir beaucoup d'amis pensé-je, bénissant le dieu canin de nous avoir paré de si doux et attirants ornements !!










Journal d'un chien de campagne : Que la montagne est beeeelle

Posté le 25.02.2008 par sezar
Je vois bien qu'il se prépare quelque chose.
Une agitation inhabituelle secoue le nid familial.
Ils passent et repassent devant moi, qui, avec des gros sacs noirs, qui, avec des gros sacs bleus, se bousculent, s'agacent : - on se dépêche !!

Mais que se passe-t-il ?

Mamounette, avec l'intuition féminine chère aux humaines, a senti mon inquiétude et prend le temps de se planter devant ma truffe : - on va à la montagne Balzane et tu viens avec nous, chantonne-t-elle.
Moi, ce que j'ai surtout entendu c'est le "tu viens avec nous", parce que j'aime pas trop le cri des habits qu'on enferme dans les gros sacs noirs et bleus et qu'on jette en hâte à l'arrière de la voiture avant de démarrer en trombe pour ne pas entendre la plainte déchirante de l'adopté oublié.

Ils me l'ont jamais fait, le coup du "on revient te chercher", mais j'ai découvert à la télé cette abominable pratique, si, si, (honte à ces "humains").

Bon, ma crise d'angoisse étant dissipée et mon coup de gueule poussé, je me suis posé cette question stupide : Pourquoi allez à la montagne, puisque on y est déjà ?
Mon territoire est hérissé de hautes bosses boisées et de trous profonds de sombres sapinières.

Partant du principe que le peuple des humains a des raisons que celui des canidés ignore, je décide de grimper dans la voiture, et... en route pour de nouvelles aventures !!!

C'est quand est-ce qu'on arrive ? La faim, le chaud, le froid, l'envie de pipi, tout ça se bouscule dans un redoutable désordre mental et physique.

Très longtemps plus tard, ça s'arrête enfin !

Pressée de sortir, je bouscule Mamounette, saute à pattes jointes hors de la voiture et glisse jusque sous la voiture d'à côté !! Mais qu'est-ce que ?
Evidemment, un grand rire collectif accompagne ce dérapage incontrôlé !

Je connais la neige, l'hiver dernier dans le jardin, Papounet me lançait des boules que j'essayais en vain de rattrapper avec la gueule, pauvre nigaude, et qui éclataient sur mes canines gelées !!

Non, ce n'est pas de la neige, c'est une espèce de bulle transparente et dure. Je prends le temps d'observer la chose afin de pouvoir la repérer et ainsi la contourner prudemment.

Ce petit incident mis à part, je renifle d'aise.
On dirait que l'air ici est léger et généreux.

La grande bosse ! c'est elle, la montagne ! je la vois maintenant. Y'en a même plusieurs. Et elles sont remplies de neige. La lumière du soleil sur tout ce blanc, ça me fait plisser les yeux.

Mon regard s'étant peu à peu adapté à la luminosité ambiante, je commence à distnguer des points noirs sur la neige. Ces points bougent, à droite, à gauche, s'arrêtent, repartent, à gauche, à droite. Y'en a plein des points noirs sur le flanc de la montagne, c'est une acné montagnarde ! 'Hi Hi Hi !!
L'acné se rapproche à toute allure du bas de la montagne. Tant de points noirs à la fois qui se précipitent comme des morts de faim vers "le peuple d'en bas", ça me flanque la trouille.
Je n'en laisse rien paraître. Tant que Mamounette ne manifeste pas l'envie intempestive de déguerpir, nous sommes probablement dans la normalité.

Quelques bruits de frottements peu agréables s'expriment près de mes oreilles délicates. Qu'est-ce donc encore que ces facéties humaines ?

J'y crois pas ! Ils se déplacent tout en glissades plus ou moins harmonieuses, montés sur de longues planches colorées attachées à leurs pieds. Je tourne la tête en tous sens, y'en a partout, des petits et des grands humains juchés sur ces drôles de choses et qui se dirigent tous vers un même point de rassemblement : une énorme machine équipée de grandes roues et de chaises rigolodes qui se balancent toutes seules dans le vide !

Les humains s'agglutinent près de la machine. On y entend de temps en temps, le claquement de leurs planches qui s'entrechoquent et les inévitables "pouvez pas faire attention ?".
Les drôles de chaises s'approchent en tournoyant, en happent quelques uns au passage et s'envolent dans un puissant balancement.

Une réflexion et demie plus tard, je comprends que les chaises les déposent en haut de la montagne pour qu'ils s'amusent à glisser jusqu'en bas.

Certains y parviennent. De façon élégante parfois, avec beaucoup de chance, souvent.

D'autres, beaucoup moins.
Les planches quittent brusquement les pieds auxquels elles étaient pourtant très attachées. S'ensuit une chutte spectaculaire du propriétaire, tandis que les planches facétieuses poursuivent tranquillement leur route abrupte !!
Le jeu consiste alors à courir le plus vite possible, au risque, oh suprême honte, de "rouler-bouler" dans la neige, afin de rattraper les maudites barres avant qu'elles ne franchissent, seules, la ligne d'arrivée devant une foule d'humains hilares !

Le spectacle se poursuit un peu plus loin. Mamounette m'entraîne vers une autre glissade.
Toute aussi marrante ! jugez plutôt :
Une machine, plus petite. Des espèces de longues barres verticales accrochées à des roues qui montent aussi vers le sommet de la montagne.
Mais, pas de chaise au bout de la barre !
Comment est-ce possible ?
Voyons voir !
Comme dans la machine précédente, toujours la cohue et le claquement des planches.
Des humains âgés, tout rouge de gueule, accompagnent des petits humains, juste un peu plus grand que moi. Etonnant, ces petits d'hommes glissent avec aisance et naturel.

Un "grand" coiffé d'un ridicule bonnet surmonté de deux grotesques oreilles, se présente devant la longue perche grise, la saisit fermement d'une main, coince son séant sur l'espèce de rondelle située au bout de la barre, et, se retrouve propulsé, à la vitesse d'un cheval au galop, sur la piste montante.

Evidemment, Mamounette et moi, nous attendons.
Le distrait ou le malchanceux, ou pire encore, les deux à la fois !

Ce qui ne tarde pas.
Une humaine s'approche de la barre fatidique. Je remarque tout de suite son attitude guindée, me semble même voir ses jambes tremblotter. Mais j'en rajoute, sans doute !!
Toujours est-il qu'elle ne semble pas du tout en confiance.
J'admire son courage et son inconscience. Quel peuple brave et fier !
Elle saisit la barre et, allez donc savoir pourquoi, décide d'étaler ses fesses sur la sournoise rondelle.
La sanction est immédiate. La perche l'éjecte brutalement. La pauvrette se retrouve enfouie dans la neige, tente de se relever dignement, retombe lourdement, finit par rouler sur le côté, ôte les planches de ses pieds, et s'enfuit dans les sapins.


Quels beaux spectacles ce peuple nous offre.
Qu'il en soit ici remercié.


Epuisée, je suis.
Rendez-vous demain.




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